Par Drew Spoelstra, président, Fédération de l’agriculture de l’Ontario
Les agriculteurs de l’Ontario comprennent bien l’importance des infrastructures. En effet, des réseaux de transport efficaces assurent la circulation fluide des aliments, des marchandises et des personnes partout dans la province, au pays et à l’étranger. Chaque jour, nous comptons sur des routes, des voies ferrées et des corridors commerciaux pour soutenir nos activités et nourrir la population canadienne.
Mais les projets d’infrastructure doivent être planifiés avec la plus grande rigueur, surtout lorsqu’ils risquent d’avoir des répercussions permanentes sur les terres agricoles, les exploitations et les collectivités rurales.
Voilà pourquoi la Fédération de l’agriculture de l’Ontario (FAO) exprime de sérieuses préoccupations au sujet du projet de train à grande vitesse Alto reliant Toronto, Ottawa, Montréal et Québec.
À première vue, un train à grande vitesse semble un investissement porteur pour l’avenir du Canada. Or, pour les nombreux agriculteurs et propriétaires fonciers situés le long du tracé proposé, ce projet suscite d’importantes craintes – et trop de questions qui demeurent sans réponse.
Le corridor ferroviaire envisagé traverserait certaines des terres agricoles les plus fertiles de l’Ontario et du Québec. Il ne s’agit pas d’espaces vacants à aménager, mais bien d’entreprises en pleine activité qui produisent des aliments, du carburant, des fibres et des fleurs, soutiennent les économies locales et contribuent à la sécurité alimentaire du pays.
Le secteur agroalimentaire de l’Ontario génère plus de 51 milliards de dollars d’activité économique chaque année et soutient un emploi sur dix dans la province. Rien de tout cela n’est possible sans terres agricoles. Une fois celles-ci morcelées, modifiées de façon permanente ou recouvertes d’asphalte, il devient extrêmement difficile, sinon impossible de les restaurer.
L’efficacité et l’accessibilité sont essentielles au bon fonctionnement des fermes et, de ce fait, la fragmentation éventuelle des terres agricoles représente l’un des enjeux les plus préoccupants pour le secteur agroalimentaire ontarien.
Un corridor ferroviaire peut littéralement scinder des terres en petites parcelles difficiles à exploiter, ce qui complique les déplacements sécuritaires et efficaces de la machinerie, du bétail et des récoltes. Imposer des barrières physiques au coeur de fermes et de collectivités rurales entraîne des difficultés d’accès et des contraintes opérationnelles qui subsistent même une fois les travaux terminés.
À cela s’ajoutent des enjeux critiques liés au drainage. Une grande partie des terres agricoles de l’Ontario repose sur des réseaux de drainage finement aménagés pour réguler les niveaux d’eau et assurer la productivité des sols. Perturber ces systèmes peut entraîner de graves conséquences sur la production et la santé des sols et augmenter les risques d’inondation, y compris pour les propriétés avoisinantes.
Le secteur agricole est toujours dans l’attente d’éclaircissements sur plusieurs aspects pratiques : Comment assurera-t-on des passages sécuritaires pour la machinerie et le bétail? Qui assumera les coûts des clôtures et des passages, ainsi que de leur entretien? Comment les enjeux d’accès seront-ils gérés de manière équitable? À quoi ressemblera une juste indemnisation pour les propriétaires fonciers dont les entreprises et la valeur des propriétés seront touchées de façon permanente?
Ce ne sont pas de simples détails, mais bien des facteurs cruciaux qui influencent directement la viabilité à long terme des entreprises agricoles et des collectivités rurales.
La FAO a rencontré des représentants du projet Alto, ainsi que le ministre fédéral des Transports Steven MacKinnon et d’autres élus pour faire valoir ces préoccupations et insister sur la nécessité d’une véritable consultation du secteur agricole.
Malgré ces démarches, de nombreux agriculteurs des régions concernées sont encore exclus des discussions. Ce manque de consultation est d’autant plus frustrant que plusieurs des collectivités rurales les plus touchées ne tireront aucun bénéfice direct du service proposé.
Le territoire rural de l’Ontario ne doit pas être perçu comme un simple corridor reliant les grands centres urbains. Les agriculteurs et les citoyens des régions rurales méritent de la transparence, du respect et une réelle possibilité de participer aux décisions qui auront des répercussions sur leurs terres et leurs moyens de subsistance pour les générations à venir.
De concert avec l’Union des producteurs agricoles au Québec, la FAO a demandé que le projet soit suspendu jusqu’à ce qu’une évaluation approfondie des répercussions économiques, environnementales et agricoles soit réalisée et qu’une consultation sérieuse des collectivités concernées ait lieu.
Précisons que les agriculteurs ne s’opposent pas au progrès et qu’ils reconnaissent la nécessité d’investir dans les infrastructures au Canada. Toutefois, un projet présenté comme étant d’intérêt national ne doit pas compromettre notre production alimentaire, nos collectivités rurales et nos terres agricoles de première qualité.
L’agriculture et notre capacité à produire ici même des aliments, du carburant, des fibres et des fleurs constituent également des actifs stratégiques nationaux.
Les dernières années ont rappelé aux Canadiens à quel point la production alimentaire nationale et la résilience des chaînes d’approvisionnement sont essentielles. La protection de nos terres nourricières devrait donc faire partie intégrante de toute stratégie nationale à long terme.
Si ce projet se concrétise, les agriculteurs méritent des garanties que les impacts sur l’agriculture seront réduits au minimum, que des évaluations agricoles indépendantes seront rendues publiques, que l’accès complet à leurs exploitations sera préservé et que les propriétaires touchés recevront une indemnisation juste et proportionnelle aux pertes permanentes subies.
Membres de la FAO, je vous invite à communiquer avec votre représentant·e du service aux membres ou de votre fédération locale ou avec votre directeur·trice provincial·e pour faire part de vos questions, suggestions et préoccupations. Votre voix compte.
Nous ne demandons pas un traitement de faveur. Nous réclamons plutôt des décisions réfléchies, des consultations en bonne et due forme et la reconnaissance que les terres agricoles constituent une ressource trop précieuse pour être négligée.
Pour obtenir de plus amples renseignements ou une entrevue :
Tyler Brooks
Directeur des communications et des relations avec les intervenants
Fédération de l’agriculture de l’Ontario
[email protected] | 519-821-8883
Échéancier proposé du projet Alto
| En cours depuis 2024: | Études de terrain |
| Février 2025: | Approbation du gouvernement fédéral pour un train à grande vitesse*** |
| Janvier à mars 2026: | Démarche de consultation publique |
| Été 2026: | Publication de rapports sur la consultation publique* |
| Fin 2026: | Deuxième démarche de consultation publique portant sur un corridor plus précis pour le segment central du projet reliant Ottawa et Montréal* |
| Fin 2026: | Présentation d’un corridor d’étude plus précis (tracé d’une largeur de 1 km)** |
| 2027-2028: | Présentation d’un corridor d’étude plus précis (tracé d’une largeur de 60 m); publication éventuelle d’évaluations d’impact |
| 2029-2030: | Début des travaux de construction du segment reliant Ottawa et Montréal** |
| 2030-20XX: | Début des travaux de construction des autres segments |
| 2035: | Début des mises en service des segments |
| 2041-2044: | Achèvement de l’ensemble du réseau Alto** |
*Source https://www.altotrain.ca/fr/a-propos-alto/que-se-passe-t-il
**Source https://www.altotrain.ca/fr/blogue/vos-questions-sur-alto-cout-echeancier-et-commentaires-du-public
***Source https://www.altotrain.ca/fr/nouvelles/feu-vert-pour-le-developpement-dun-train-grande-vitesse-entre-quebec-et-toronto